10 tendances courantes en développement des publics

Je vous fait part annuellement des tendances que je note en matière de développement des publics pour les arts. Voici le palmarès 2019 qui s’étendra aussi à 2020 :

  1. L’importance de l’expérience client : conseiller, auteur et conférencier dans le domaine de l’expérience client physique et numérique, Daniel Lafrenière définit son domaine de prédilection comme suit : « L’expérience client est l’émotion ressentie par un client lorsqu’il entre en contact avec une entreprise, et ce, peu importe la façon. C’est ce dont le client se souvient après cette interaction. (…) La mémoire de l’émotion ressentie est souvent la raison qui fait qu’un client revient ou non à une entreprise, ou qu’il en parle en bien ou en mal à ses amis ». Ce concept s’applique aussi à tout organisme artistique ou à tout artiste qui cultive une clientèle. L’expérience débute dès qu’une personne prend connaissance de votre existence ou de la nature de votre offre. La qualité de l’information que vous diffusez, la facilité d’y accéder, de la comprendre et de la partager ; votre capacité de réduire, s’il y a lieu, les obstacles à la participation des gens que vous courtisez ; la qualité de l’accueil que vous leur réservez lorsqu’ils vous appellent, franchissent vos portes, interagissent avec vous en personne ou en ligne ; votre intérêt envers la création et le maintien de rapports soutenus avec vos clients. Voilà autant d’éléments, parmi d’autres, qui contribuent à l’expérience client.
  2. L’empathie : vous gagnez votre vie dans les arts et la culture et consommez fréquemment des produits artistiques. C’est votre milieu. C’est ce que vous aimez, ce qui vous passionne. Ce n’est pas le cas de tout le monde, évidemment. Vos publics ont d’autres intérêts, d’autres préoccupations. Ils exercent d’autres professions ou métiers. Ils ne sont pas nécessairement au fait de tout ce que vous savez. D’où l’importance de vous mettre occasionnellement à leur place pour mieux apprécier leurs perceptions à votre égard, les émotions qu’ils éprouvent en vous côtoyant, leurs réactions à vos offres, à vos produits ou à votre lieu de diffusion. Ce qui vous parait tout à fait normal ne l’est pas nécessairement pour vos interlocuteurs. Soyez à leur écoute, partagez vos connaissances et adaptez vos messages, votre accueil ou vos interactions en conséquence.
  3. Tenez compte des caractéristiques de vos clientèles acquises et courtisées : si les gens vous fréquentent, c’est parce qu’ils se reconnaissent en vous d’une façon quelconque. Cet engagement s’étend souvent au-delà de vos offres et de vos produits. En effet, vos clients sont aptes à se rallier à vos valeurs et à votre raison d’être, aux personnes qu’ils croisent chez vous parce qu’elles leur ressemblent ou parce qu’elles ont des intérêts en commun. Prenez le temps d’en discuter avec eux. Tenez compte de ces facteurs lorsque vous vous adressez à des personnes qui vous méconnaissent et que vous aimeriez accueillir. Vous étofferez ainsi vos interventions en tenant compte du point de vue de vos clients.
  4. La diversité : pour assurer leur avenir démographique et économique et répondre à la baisse des taux de naissance, le Canada français, l’Acadie et le Québec déploient des efforts importants pour recruter des immigrants d’expression française. L’accueil de ces nouveaux arrivants ne date pas d’hier. Si vous habitez dans un milieu urbain, une simple promenade dans votre centre d’achat favori vous démontrera que vous habitez dans une société diversifiée. Des actions sont en cours depuis quelque temps déjà pour étendre cet accueil aux régions qui ont besoin de cet apport de population pour assurer leur avenir. Le milieu des arts et de la culture compte de plus en plus d’artistes et de travailleurs culturels issus de la diversité auxquels on n’accorde pas toujours une place. Comme l’affirme le directeur général de Diversité artistique Montréal, Jérôme Pruneau, « la diversité n’est pas un problème à résoudre. Bien au contraire, c’est une richesse, et il s’agit d’avoir une vision plus élargie de notre société ». L’inclusion de ces artistes contribuera à une diversification des clientèles puisqu’elles auront l’occasion de se reconnaître sur scène, dans des œuvres et parmi les dirigeants d’organismes artistiques. Outre les communautés culturelles, d’autres clientèles sont souvent ignorées du milieu traditionnel des arts et de la culture, telles que les peuples autochtones et les personnes aux prises avec un handicap. Leur tendre la main requiert du travail, certes, mais quand on discourt que l’art est pour tous, il faut aussi le démontrer.
  5. La diplomatie culturelle : selon le Conseil des arts du Canada, la diplomatie culturelle est un outil étatique en appui à la circulation des idées et des valeurs, à la compréhension entre les peuples et à la prévention des disputes de toute nature. Elle a pour but aussi d’établir des liens entre les gens. Donc, pas besoin de représenter un état pour faire preuve de diplomatie. Les artistes et les organismes artistiques peuvent s’intéresser à ce qui se passe dans leur quartier, leur communauté ou leur région au-delà de leur bulle artistique et culturelle. Par exemple, ils peuvent s’allier à d’autres instances chargées de trouver des solutions à des défis qui affectent leur entourage, leurs collègues ou leurs clients. Un organisme artistique peut soutenir une cause humanitaire qui ralliera ses publics ou se lier à une association caritative. Pourquoi agir ainsi ? Parce que le milieu artistique demande souvent à la population de l’appuyer pour une variété de raisons. Il serait plus facile pour lui d’obtenir cette aide s’il démontrait qu’il se souciait aussi d’autrui. Il se dotera, chemin faisant, de nouveaux alliés.
  6. La collaboration : le Groupe de travail ontarien pour la promotion des concerts recommandait l’an dernier aux festivals de musique de « travailler ensemble de manière efficace, en répondant à nos besoins communs, en instaurant la confiance et en convenant qu’ensemble nous sommes plus forts ». Ce conseil s’applique à toutes les entités artistiques, toutes disciplines confondues. C’est en étant solidaires qu’elles peuvent innover, soutenir des artistes, partager des risques financiers, des ressources et des auditoires.
  7. Courtisez activement vos publics : identifiez les publics que vous aimeriez accueillir ou auxquels vous voulez vendre vos produits et allez à leur rencontre. Seuls les déjà convertis s’avanceront eux-mêmes. Vous devrez apprivoiser toutes les autres clientèles en faisant preuve de transparence, de sincérité et en étant capables de tisser des liens entre vos intérêts et ceux de vos interlocuteurs.
  8. Ayez de bonnes histoires à raconter à votre propos : vous avez sans doute entendu parler du story telling sur les réseaux sociaux. Il s’agit de raconter votre histoire d’une façon exhaustive et intéressante pour qu’elle résonne dans la tête de vos interlocuteurs. C’est une approche ludique qui vous permet de vous présenter et de jeter des ponts entre vos publics et vous. Commencez par le commencement : que faites-vous et pourquoi ? Quelles sont quelques-unes de vos réalisations ? Qu’avez-vous appris en cours de route ? Avez-vous des anecdotes amusantes à raconter pour illustrer vos propos ? Une bonne histoire bien racontée est un brise-glace efficace. De plus, ça vous rend sympathique.
  9. Écoutez vos publics : cette tendance se dessine en filigrane dans cette énumération de tendances, mais ça vaut la peine de s’y attarder. À titre d’organismes ou d’artistes, vous avez quelque chose à vendre ou à promouvoir et vous développez vos stratégies et vos messages en conséquence dans l’espoir d’obtenir les résultats escomptés. Prenez-vous le temps de songer à qui vous vous adressez ou visez-vous tout le monde et personne à la fois ? Comme le souligne l’agence de contenu Toast, « le contenu que nous produisons existe pour apporter de la valeur à une audience spécifique. Pour les informer, les éduquer ou les divertir. Mais beaucoup de producteurs de contenu se concentrent trop sur le volet production de contenu et pas assez sur le pourquoi de ce contenu ». D’où l’importance de « recueillir des données sur les attentes et les besoins de divers segments d’audiences ». Ces renseignements éclaireront vos stratégies. Autrement dit, prenez le temps d’échanger avec vos clients et de les écouter. Vous saurez ensuite comment leur parler. Vous pouvez en faire autant auprès des clientèles que vous courtisez. Vous augmenterez ainsi l’efficacité de vos communications.
  10. Faites appel aux 4 E du marketing : émotions, expérience, exclusivité et engagement. Mettez de l’avant les émotions que les gens éprouverons en répondant favorablement à votre offre. Accordez à ces personnes autant de considération que possible puisqu’elles ont décidé de dépenser de l’argent et de passer du temps avec vous (elles auraient pu faire autre chose). Pour l’expérience, relisez la première tendance. L’exclusivité peut être une offre taillée sur mesure pour des clients en particulier, une surprise que vous réservez à vos publics les plus fidèles. Enfin, l’engagement se manifeste par la collaboration, soit l’attention que vous accordez à vos clientèles d’une part et leur capacité d’influencer votre offre ou vos habitudes d’autre part. Donnant-donnant.

Vos commentaires ou autres suggestions de tendances sont les bienvenus.

P.-S. Je sais bien que cette liste ne fait aucune mention du numérique ni des réseaux sociaux de façon exhaustive. Je suis d’avis que les rapports directs entre les personnes sont essentiels au développement des publics. La technologie et les médias sont des outils qui soutiennent les relations déjà établies. Ils peuvent aider aussi à soulever un intérêt, mais c’est la qualité des interactions humaines qui détermine la suite des choses.

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