Tenir compte ou non des attentes de vos publics ?

Je participe présentement au marché du spectacle francophone de l’Ontario, Contact Ontarois. J’y animais hier après-midi les vitrines vouées à la danse contemporaine. À la demande de l’organisateur de l’événement, Réseau Ontario, j’ai indiqué aux diffuseurs et aux autres personnes présentes qu’il était interdit de prendre des photos ou de tourner des capsules vidéo pendant les prestations artistiques. Je leur ai mentionné que les compagnies présentes offraient déjà des extraits de leurs spectacles sur leurs sites Web. Je les ai priés ensuite de fermer leurs téléphones intelligents ou de les mettre en mode avion. Malgré ces instructions, certains membres du public utilisaient leurs appareils pour enregistrer des segments des spectacles. Vous aurez compris sans doute l’ironie de la situation : les personnes qui enfreignaient les règles de Contact Ontarois sont aussi les personnes qui disent à leurs clientèles de ne pas utiliser leurs cellulaires pendant leurs événements.

Cet incident soulève la question suivante : jusqu’à quel point est-ce que les diffuseurs de spectacles du 21e siècle peuvent imposer au public des comportements qui remontent au siècle précédent, compte tenu des avancées technologiques et des habitudes de consommation artistique que nous connaissons maintenant ?

Cet article de L’Obs porte justement sur l’emploi qu’on peut faire ou non des téléphones intelligents pendant des concerts et autres prestations artistiques. « On ne peut pas profiter convenablement d’un concert en le filmant », dit-on d’une part. « Les spectateurs veulent simplement prouver – de manière narcissique, certes – qu’ils ont bien assisté au concert », affirme-t-on d’autre part.

Je me suis déjà prononcé sur cette question : dans un environnement où les artistes et les diffuseurs veulent vendre des billets et le public ressent le besoin de partager ses expériences sur les réseaux sociaux en temps réel, il y a place aux compromis. Par exemple, un artiste musical pourrait permettre aux spectateurs de capter des photos et de tourner des capsules à des moments précis, par exemple pendant les deux ou trois premiers numéros du concert. Les gens seraient invités ensuite à ranger leurs téléphones. J’ai assisté, il y a quelques années passées, à une pièce de théâtre où les comédiens sont apparus sur scène en costumes et en quasi-personnages, avant la levée du rideau, pour interagir avec les gens. Ils ont invité le public à prendre autant de photos et de capsules vidéo qu’il le désirait. Par contre, une fois cette fenêtre fermée, les téléphones devaient disparaître.

La chef d’orchestre américaine, Cynthia Johnston Turner, invite les responsables d’organismes artistiques et les diffuseurs à songer aux expériences qu’ils proposent en tenant compte des intérêts de leurs publics.

Je suis d’avis que l’époque du respect des rituels aux concerts de musique classique est révolue. Il est temps qu’ils disparaissent. Les types de concerts où on ne s’adresse pas au public, où on lui demande de lire un programme de soirée à la noirceur, où les musiciens semblent s’ennuyer autant que les spectateurs, où on s’attend à ce que ces derniers adoptent certains comportements, etc., me paraissent ridicules maintenant. Et je suis une soi-disant musicienne éduquée !

Elle propose que les diffuseurs et les producteurs permettent aux spectateurs de réagir spontanément à ce qu’ils voient, entendent ou perçoivent sans contrainte, accordent une place aux nouvelles technologies, sollicitent une participation active du public, encouragent des rapprochements entre les artistes et les spectateurs. Elle les enjoint aussi de prendre des risques.

Qu’en dites-vous ?

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