Adressez-vous directement au public pour le sensibiliser au théâtre (et aux arts)

C’est avec plaisir que j’ai pris connaissance du bilan du 13e Congrès québécois du théâtre, voué à la diversité culturelle, qui a eu lieu du 12 au 14 novembre derniers, à Montréal. Il s’agissait d’une initiative du Conseil québécois du théâtre (CQT). J’étais tout particulièrement heureux d’y lire ce qui suit :

… Les intervenants ont fait part d’expériences de rapprochement de diffuseurs avec les citoyens. Ils ont tous insisté sur le travail de longue haleine qui est exigé pour susciter un intérêt continu du public envers les spectacles de théâtre. Ils ont également parlé de l’importance d’une rencontre humaine entre les artistes et les spectateurs allant au-delà de l’œuvre présentée pour que se développe un véritable sentiment d’appartenance et de reconnaissance envers l’art théâtral et ses lieux de diffusion.

C’est moi qui ai surligné une partie du texte en caractères gras. Je constate que le milieu théâtral reconnaît la pertinence de développer des rapports plus étroits avec le public. Ce faisant, il ira au-delà de la promotion d’une saison ou d’un spectacle en particulier et entamera un dialogue qui lui sera profitable avec la population qu’il dessert.

Je salue chaleureusement cette approche, d’autant plus qu’elle est nécessaire. Les plus récentes données sur la fréquentation des arts de la scène au Québec indiquent que «les spectacles de chanson francophone (–23%) et de théâtre de création (–15%) ont connu une importante baisse de leur assistance» de 2103 à 2014. Ce phénomène n’est pas unique au Québec. Bien des diffuseurs et des producteurs du Canada français m’ont indiqué qu’ils étaient aux prises avec des défis similaires. Ça ne peut plus continuer.

Il faut donc que le théâtre et les autres disciplines artistiques insatisfaites de leur taux de fréquentation changent leurs approches. Le développement et la fidélisation de publics ne peuvent plus se limiter à la vente de spectacles, d’abonnements ou de produits culturels. Il y a lieu d’entreprendre une véritable conversation avec le public pour positionner et valoriser l’apport du théâtre (et des arts) à notre société, à nos communautés.

D’autres personnes partagent les préoccupations des délégués au 13e Congrès québécois du théâtre. Dans un billet récent affiché sur la plateforme théâtrale Le verbe, le metteur en scène québécois Jérémie Niel dressait certains constats pertinents.

Une minorité de la population a vu une pièce de théâtre dans l’année, nous disent les statistiques. Les analystes, dans la lignée du sociologue Pierre Bourdieu, affirment que l’explication réside dans l’élitisme de la discipline, difficile d’accès, exigeant des codes à avoir auparavant acquis, ou alors étant présentée dans des lieux trop prestigieux qui créent de la réticence parmi les catégories populaires. C’est la théorie la plus entendue, la plus rassurante pour les artistes, celle qui sournoisement souligne la supériorité socio-culturelle de ceux qui vivent comme un privilège leur fréquentation des théâtres, c’est la théorie sur laquelle on s’appuie pour développer toute une batterie d’«actions de médiations culturelles», comme ils disent, médiation qui a pour objectif l’élévation de ceux qui ne possèdent pas les codes.

Une autre hypothèse est pourtant possible. Et si le théâtre n’avait pas de succès parce qu’il n’avait pas d’intérêt? En ce cas, ceux qui ne le fréquentent pas seraient non pas une masse populaire souffrant de ne pas avoir accès à un objet rare, mais au contraire des gens d’une grande lucidité, sachant lire, derrière sa façade intellectualisante, la pauvreté du médium, beaucoup plus lucides, finalement, que ses artistes et artisans convaincus de la pertinence de leur discipline.

Pourquoi mes amis musiciens ou cinéastes, par exemple, vont au cinéma, assistent à des concerts, visitent des expositions, vont voir, même, des spectacles de danse contemporaine, alors qu’ils n’entreront jamais dans un théâtre? Pourquoi mon art est-il si déconnecté, de son monde et de sa communauté?

La choniqueuse de théâtre du quotidien britannique The Guardian, Lyn Gardner, écrivait récemment que…

Tous les gens qui vont au théâtre peuvent identifier une pièce qui a eu un impact sur leur vie. Par contre, les théâtres doivent s’interroger à savoir si ce qui se passe dans leurs lieux de diffusion a un imapct sur celles et ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Le débat ne porte pas sur la réaction d’une personne à une œuvre en particulier, mais plutôt sur les rapports qu’un spectacle et un lieu entretiennent avec la communauté dans son ensemble.

Cela signifie qu’il faut se poser des questions sérieuses sur la fonction des théâtres et sur leur raison d’être au 21e siècle.

Nous sommes au tout début de cette réflexion sur la pertiennce du théâtre et des arts à notre époque. La question n’est pas nouvelle, mais il est important de prendre le temps d’y penser afin d’alimenter nos échanges avec le public. Mais par quel bout faut-il commencer? Eh bien, je vous propose humblement l’approche suivante :

  • Identifiez 5 raisons pour lesquelles le théâtre (ou votre disicpline) est toujours pertinent.
  • Identifiez 5 raisons pour lesquelles les gens devraient fréquenter votre lieu de diffusion ou s’associer à votre compagnie, à votre organisme.

Vos réponses vous permettront de développer votre discours lorsque vous vous adresserez à des personnes qui ne font pas partie de votre groupe d’initiés. Ajustez vos propos en cours de route pour tenir compte des intérêts de vos interlocuteurs. Après tout, il s’agit d’initier un dialogue. Réservez les monologues pour la scène.

Developpez votre auditoire

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