Être spectatrice ou spectateur

Aller au théâtre avec des enfants, c’est comme aller avec eux au restaurant.

Nous nous décidons pour un restaurant, nous réservons une table, nous mettons nos plus beaux habits, nous arrivons à l’heure, et surtout, nous avons faim […].
Nous choisissons un menu et notre palais se réjouit à l’avance de saveurs nouvelles.
Mais attention ! Dans certains restaurants, il y a des menus pour enfants. Le plus souvent, on y trouvera des pâtes sauce tomate, des frites avec ketchup ou mayonnaise, des filets de poissons panés.
Si c’est aller au restaurant pour y manger ce qu’on mange tous les jours, mieux vaut ne pas y aller.
Si quelqu’un va au théâtre dans l’espoir d’y retrouver du connu ou du ruminé, il lui manque la condition pré-requise la plus importante : la faim du nouveau, de l’inconnu, de l’étrange […].
Certains auteurs et acteurs préfèrent vendre aux enfants des filets panés.
Personnellement, je préfère leur présenter du poisson et leur expliquer comment on enlève les arêtes. Le poisson frais est bien plus sain […], il nous parle beaucoup mieux de la vie […].
Aller au théâtre, c’est faire quelque chose pour la première fois […]. Chaque représentation est unique.
Merveilleuse.
Fantastique.
Passionnante.
Mais cela comporte des risques de complications, parce que c’est la première fois.
À cause de cela, tout est unique, nouveau, autre, INCONNU.

Le père de ce texte, Marcel Cremer, était auteur, metteur en scène, fondateur et directeur artistique du Théâtre AGORA (Belgique). Il y parle de théâtre pour enfants, mais il aurait pu en dire autant à propos des nouveaux publics que tous les théâtres et tous les autres organismes artistiques veulent courtiser. Il n’a pas choisi de mettre INCONNU en majuscules pour rien. Il met le doigt ainsi sur un des défis que tout diffuseur ou producteur doit relever pour attirer de nouvelles clientèles : atténuer leurs craintes.

C’est en partageant vos connaissances des artistes et des œuvres, en parlant des conditions sous lesquelles vous les présentez, en tissant des liens entre vos motivations et les intérêts de vos interlocutrices et de vos interlocuteurs que vous parviendrez à convaincre les nouveaux venus de vous donner une chance. 

Je remercie ma collègue Louise Allaire pour mon introduction au texte de Marcel Cremer.  

Developpez votre auditoire

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