Une ouverture à la diversité

L’organisme voué à la diffusion des arts de la scène en Ontario français, Réseau Ontario, a choisi très judicieusement d’intégrer une discussion sur la diversité dans l’horaire du son 38e marché annuel des spectacles, Contact ontarois, qui a eu lieu récemment à Ottawa.

Le sujet est d’actualité non seulement dans la francophonie ontarienne, dont la composition sociodémographique est en évolution, mais aussi dans l’ensemble du milieu des arts et de la culture en Amérique du Nord. En effet, on y discute couramment de la place faite ou non aux femmes, aux artistes issus des communautés culturelles, LGBTQ ou autochtones et aux personnes handicapées, tant sur la scène que sur les écrans.

La discussion à Contact ontarois n’embrassait pas tous ces enjeux. Elle portait plutôt sur la thématique suivante : dans un contexte où le français en Ontario est en situation minoritaire et où les diffuseurs pluridisciplinaires et scolaires ont pour mission de promouvoir les arts en français, peuvent-ils permettre à des artistes francophones issus de la diversité de s’exprimer sur scène dans une langue autre que le français (l’anglais étant exclu d’office) ?

La majorité des diffuseurs présents à la discussion a répondu favorablement à cette proposition, ce qui est rassurant. Ils y ont mis une condition : en autant que l’artiste interagisse avec le public dans la langue de Molière. C’est une requête parfaitement raisonnable, puisque leurs clientèles sont surtout francophones. D’autres ont émis des réserves, notamment certains diffuseurs en milieu scolaire. Je les comprends en partie. Ils s’investissent dans la construction identitaire des jeunes francophones déjà surexposés aux arts et à la culture anglophones, surexposition qui porte atteinte à leur attachement à la francophonie.

Par contre, je m’empresse de rappeler ce qui suit aux diffuseurs qui se questionnent sur la place qui doit être faite aux langues autre que le français lors de prestations d’artistes issus de la diversité :

  • Je travaille dans la francophonie ontarienne et canadienne depuis bientôt 40 ans. Je me souviens de combats menés pour assurer la place des francophones dans une variété de domaines, de l’obtention d’écoles secondaires de langue française, à la réception de services municipaux en français jusqu’à la création de lieux de diffusion voués aux arts (insérez dans cette liste les conflits linguistiques auxquels vous avez participé). Nous nous y engagions pour prendre notre place, pour nous faire entendre, pour qu’on nous reconnaisse sur la place publique.
  • La francophonie canadienne a besoin de renforts. Il en va de même au Québec. Ces renforts vont venir de l’immigration francophone. Il n’y a pas de revanche des berceaux en vue.
  • Accueillir ces nouveaux arrivants en faisant preuve d’empathie à leur égard est essentiel. Si nous leur demandons de se rallier à notre cause, il est juste et équitable que nous les écoutions en retour et que nous leur prêtions nos tribunes pour qu’ils s’expriment.
  • Exposer les élèves et les communautés francophones à la francophonie sous toutes ses formes est indispensable. Nous devons leur démontrer qu’ils appartiennent à une communauté francophone planétaire avec laquelle ils ont de nombreuses choses en commun. Les artistes sont les ambassadeurs idéaux pour jeter ces ponts. Ils peuvent contribuer au renforcement identitaire des jeunes francophones. C’est démontré : la diversité interpelle les jeunes qui se perçoivent comme des citoyens du monde.
  • Tout le monde mérite de s’émerveiller devant les réalisations de gens qui leur ressemblent. Il en va de même des élèves et des étudiants issus de la diversité inscrits dans les écoles de langue française au Québec et au Canada.
  • Si nous n’incluons pas les artistes issus de la diversité dans nos projets et nos programmations, nous nous rendons insignifiants à leurs yeux.
  • Le milieu des arts et de la culture en est un qui carbure aux histoires, à toutes sortes d’histoires. Plus il y en aura qui nous apprendrons des choses, qui nous rapprocherons les uns des autres, plus nous serons riches.
  • Quel autre milieu peut réussir tout ça, si ce n’est pas celui des arts et de la culture ? Nous allons peut-être gaffer en cours de route, mais nous en tirerons des leçons et ferons mieux la prochaine fois.

Vos commentaires (courtois, s.v.p.) sont les bienvenus.

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